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Dopage et risques sanitaires

SLU-PP-332 et SLU-PP-915 : deux molécules expérimentales et dopantes aux risques encore inconnus

Publié le 22 octobre 2026·5 min de lecture
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Améliorer son endurance sans s'entraîner davantage ? C'est la perspective que laissent entrevoir deux molécules expérimentales, le SLU-PP-332 et le SLU-PP-915. Initialement développées pour la recherche médicale, elles suscitent désormais un intérêt dans le monde du dopage. Leur commercialisation sur Internet est particulièrement préoccupante : leur efficacité chez l'humain n'est pas démontrée et leurs risques sanitaires restent largement inconnus.

Des molécules capables d'imiter certains effets de l'entraînement

Le SLU-PP-332 et le SLU-PP-915 ont été développés dans le cadre de recherches américaines sur le métabolisme énergétique.

Leur objectif initial était d'explorer de nouvelles approches thérapeutiques contre l'obésité, le diabète de type 2, certaines maladies cardiovasculaires ou encore les pathologies entraînant une perte de fonction musculaire.

Ces substances agissent sur des récepteurs cellulaires appelés ERRα, ERRβ et ERRγ, qui régulent notamment le fonctionnement des mitochondries, responsables d'une grande partie de la production d'énergie dans les cellules.

Leur activation favorise certaines adaptations métaboliques normalement associées à l'entraînement d'endurance.

Dans une étude publiée en 2023, des chercheurs ont constaté que des souris traitées par SLU-PP-332 pouvaient courir environ 70 % plus longtemps et 45 % plus loin que des souris témoins, sans entraînement supplémentaire.

Le SLU-PP-915, développé ultérieurement, a également amélioré l'endurance chez la souris, avec la particularité d'être actif après administration orale dans ce modèle animal.

Attention : ces résultats ont été obtenus chez des animaux. Aucun bénéfice sur les performances sportives humaines n'a été démontré.

Pourquoi intéressent elles le milieu du dopage ?

Contrairement aux stéroïdes anabolisants, qui favorisent notamment le développement de la masse musculaire, le SLU-PP-332 et le SLU-PP-915 agissent principalement sur le métabolisme énergétique.

Leur intérêt potentiel concerne donc particulièrement les sports d'endurance : cyclisme, course à pied, triathlon ou disciplines nécessitant de maintenir un effort prolongé.

Ces molécules pourraient théoriquement permettre :

  • D'améliorer les capacités oxydatives des muscles.

  • De favoriser certaines adaptations musculaires habituellement obtenues par l'entraînement.

  • D'augmenter la résistance à la fatigue lors d'un effort prolongé.

  • D'amplifier certaines réponses métaboliques à l'exercice.

Cette possibilité d'obtenir un avantage physiologique par une intervention pharmacologique explique l'attention portée à ces substances par les organismes antidopage.

Ces molécules sont déjà interdites dans le sport en 2026, notamment en tant que substances pharmacologiques non approuvées. Elles sont également nommément citées dans la Liste des interdictions 2027 de l'Agence mondiale antidopage, parmi les modulateurs métaboliques.

Leur caractère récent et expérimental ne signifient donc pas qu'elles échappent aux règles antidopage.

Quels sont les dangers pour la santé ?

C'est le principal problème : personne ne connaît aujourd'hui de manière fiable les conséquences de leur consommation chez l'être humain.

Ces molécules n'ont pas fait l'objet d'un développement clinique suffisamment avancé pour établir leur sécurité, leurs effets indésirables, leurs interactions médicamenteuses ou les conséquences d'une exposition prolongée. Aucun essai clinique n'a été réalisé. Ces molécules ont seulement été testées sur des cultures cellulaires et sur des souris.

=> Des conséquences cardiovasculaires imprévisibles

Les récepteurs ERR ne sont pas présents uniquement dans les muscles squelettiques. Ils jouent également un rôle dans le fonctionnement et le métabolisme du cœur.

Une activation pharmacologique prolongée pourrait théoriquement modifier certaines fonctions cardiaques.

Des résultats expérimentaux ont montré des effets potentiellement bénéfiques dans certains modèles animaux d'insuffisance cardiaque, mais ils ne démontrent absolument pas l'innocuité de ces molécules chez des sportifs en bonne santé.

Leurs éventuelles conséquences sur le rythme cardiaque, le remodelage myocardique ou la tolérance à l'effort intense restent insuffisamment étudiées.

=> Une perturbation possible du métabolisme

En modifiant l'utilisation des substrats énergétiques et l'activité mitochondriale, ces substances interviennent sur des mécanismes fondamentaux de l'organisme.

Une exposition prolongée pourrait entraîner des adaptations métaboliques indésirables encore mal connues.

La toxicité hépatique, rénale, musculaire ou reproductive à long terme n'a pas été correctement évaluée chez l'humain.

Ces risques sont des préoccupations toxicologiques, et non des effets indésirables cliniquement démontrés à ce jour.

=> Aucun recul sur une utilisation prolongée

Quelques observations rassurantes chez des souris traitées pendant de courtes périodes ne permettent pas de conclure qu'une substance est sans danger.

Il manque notamment des études sur la toxicité chronique, les effets sur la reproduction, la cancérogénicité et les interactions avec d'autres substances.

Consommer ces molécules revient donc à s'exposer à un produit expérimental sans connaître réellement ses conséquences sur la santé.

La vente sur Internet : un risque supplémentaire majeur

Malgré l'absence d'autorisation pour un usage humain, ces produits sont proposés sur certains sites Internet sous l'appellation Research Chemicals, c'est-à-dire substances chimiques destinées à la recherche.

Cette commercialisation constitue un sujet de préoccupation sanitaire.

Certaines molécules expérimentales peuvent être fabriquées légalement par des laboratoires spécialisés. Mais les produits circulant sur des marchés non contrôlés peuvent également provenir de fabricants inconnus, d'intermédiaires opaques ou de structures clandestines.

Dans ces conditions, plusieurs dangers s'ajoutent aux risques propres aux molécules :

  • Une identité incertaine : le produit peut ne pas contenir la substance annoncée.

  • Une pureté non garantie : des impuretés, contaminants, des métaux lourds ou résidus de synthèse peuvent être présents.

  • Une concentration inconnue : la quantité réelle de substance peut être différente de celle affichée.

  • Une absence de contrôle pharmaceutique : les conditions de fabrication, de conditionnement et de conservation peuvent être impossibles à vérifier.

Un certificat d'analyse affiché sur un site Internet ne constitue pas, à lui seul, une garantie de qualité. De nombreux cas de certificats frauduleux ont été recensés.

L'absence de traçabilité expose ainsi le consommateur à un double danger : les risques inconnus de la molécule expérimentale et ceux liés à la composition réelle du produit acheté.

Les autorités antidopage se préparent à leur détection

Le caractère expérimental de ces substances ne signifie pas qu'elles sont indétectables.

En 2026, des chercheurs spécialisés dans la lutte antidopage ont publié une étude consacrée à la caractérisation analytique du SLU-PP-332 et du SLU-PP-915.

Ils ont notamment identifié plusieurs produits de transformation métabolique susceptibles d'aider les laboratoires à développer des méthodes de dépistage.

Ces travaux montrent que la lutte antidopage anticipe déjà les risques de détournement de ces nouvelles molécules.

Conclusion : une promesse de performance qui ne justifie pas les risques

Le SLU-PP-332 et le SLU-PP-915 illustrent une nouvelle forme potentielle de dopage : agir directement sur les mécanismes métaboliques qui permettent au muscle de s'adapter à l'exercice physique.

Leurs résultats expérimentaux sont intéressants pour la recherche médicale, mais ils ne justifient en aucun cas une utilisation chez des sportifs.

L'absence de données de sécurité humaine, les incertitudes sur leurs effets à long terme et les dangers supplémentaires liés aux produits vendus par des circuits non contrôlés rendent leur consommation particulièrement préoccupante.

Améliorer ses performances avec une molécule dont les effets sur la santé sont inconnus, c'est prendre un risque sans même avoir la certitude d'obtenir le bénéfice recherché.

Sources

  1. Billon C. et al. (2023). Synthetic ERRα/β/γ Agonist Induces an ERRα-Dependent Acute Aerobic Exercise Response and Enhances Exercise Capacity. ACS Chemical Biology. https://doi.org/10.1021/acschembio.2c00720

  2. Billon C. et al. (2026). An orally active estrogen receptor-related receptor agonist, SLU-PP-915, enhances aerobic exercise capacity. Journal of Pharmacology and Experimental Therapeutics. https://doi.org/10.1016/j.jpet.2025.103787

  3. Möller T., Krug O., Thevis M. (2026). In Vitro Metabolism and Analytical Characterization of SLU-PP-332 and SLU-PP-915: Novel Pan-ERR Agonists With Doping Potential. Rapid Communications in Mass Spectrometry. https://doi.org/10.1002/rcm.70039

  4. Agence mondiale antidopage — Listes des interdictions 2026 et 2027 : https://www.wada-ama.org/en/prohibited-list

  5. Eurojust (2024). The Threat of Falsified Medicines. https://www.eurojust.europa.eu/publication/threat-falsified-medicines